Coule...

Coule mon coeur dans mes pieds, sous mon poids, quand c’est lourd de savoir, quand c’est trop de donner. Coulent mes larmes dans les trous de mes pores, dans le creux de mon cou, quand c’est trop de sentir, quand la musique entend tout ce que je dis. Coulent les notes dans le puit de mes oreilles, quand les sons soufflent leurs petits mots salés, comme des caresses et comme les aiguilles qui piquent et rouvrent les plaies. Coule mon âme pour rejoindre les rivières et comprendre un peu où je vais, où nous allons tous, amis, qui tentent de se tenir les mains, qui étirent leurs bras si loin, pour essayer de se nouer mais qui, malgré tous les amarres lancées, ratent l’accroche à un port, encore. Coulent les pensées qui parfois ressentent au lieu d’imaginer, qui voient que le quai est dans le fond de soi, que les barrages sont un leur, que les eaux coulent toujours malgré les paupières. Coulent mes larmes dans les airs, eau de carbone, douleurs des racines, qui crient aux arbres de rester debout, qui supplient les oceans de nous pardonner nos offenses, espérant que l’eau mère puissent un jour respirer un peu mieux. Coulent ma peine, dans le bain de cette vie qui parfois m’épuise, qui toujours réveille pour ne pas dormir, pour ne pas oublier de rêver, que partout, en tout, la vie veut, la vie cherche, la vie nait. Coule mon eau, car l’eau qui lave, c’est celle qui nourrit et celle qui crée.

Human


Thinking... I'm no angel, goddess or any sort of divine creatures. It's Thursday today, and I'm just a human. It's all I know what to be and plenty enough. Dysfunctional, happy, sad, curious, aware, cooking, playing, laughing, fucking in love with life and other animals around me, starting with human beings. Before invoking the divine in us, why don't we call in the humans we can be?

Trois (Conte Erotique - Chapitre 1)

 

Quand elle décida de lui en parler, il décida de le faire. Dès cet instant, elle n’en parla plus jamais. Dix jours plus tard, à la tombée de la nuit, une bouteille glacée de Dom, deux flutes pleines et une flute vide, les attendaient sur la table de la terrasse.  Conscient que la chaleur écrasante du crépuscule disperserait leurs sens dans les vapeurs d’alcool, il avait disposé un bol de fraises sur un lit de glace pour apaiser leurs estomacs. Il fallait toujours qu’il en fasse un peu trop. Entre autres diverses recommandations de son esprit tatillon, Il leur avait précisé qu’il faisait assez chaud pour ne pas porter de bas, et elles avaient bien sur, pris la remarque pour une invitation. Derechef, elles s’étaient précipitées au Bon Marché pour faire l'achat de dernière minute, mission: bas de soie. 

Pouffant dans leurs macarons, Ella et Madeleine entrèrent dans une cabine rococo du grand magasin. Madeleine repéra la caméra qu’elle camoufla d’un bonnet de soutien gorge. Bonne initiative pour une presque inconnue. Cette après-midi passée ensemble était de bon augure. Ella savait qu’il sentait toujours ses désirs avant qu’elle ne les exprime, et parfois même avant qu’elle en ait pris elle-même conscience. Riant aux éclats en déroulant la soie, Madeleine se pliait en deux, suppliant l’autre d’arrêter les pitreries car sa culotte commençait à se mouiller.  Ella ne comptait pas s’arrêter, mais un nuage de sueur découvert sur le flanc de sa nouvelle amie la déconcentra. L’humidité qui s’échappait plus intensément de son aisselle et de son sexe, renforçait l’odeur épaisse de son parfum de fleurs blanches. Ella assit Madeleine sur le tabouret de velour. L’autre riait encore très fort en plissant les paupières et en montrant les canines. Ella s’accroupie à ses pieds et posa sa tête sur le bord de l’assise. L'haleine encore sucrée et un peu amer de son macaron matcha, Ella s’offrit la vue imprenable des lèvres rieuses rose foncé sur le rouge brillant du tissu, alors que les éclats de Madeleine s'échappaient gentiment en decrescendo. Ella respirait déjà en elle, lui jetant probablement quelque sort malin. L’invitée se laissa faire en pleurant. Elle gémit de plaisir en reprenant sa respiration et démontra en quelques secondes qu’elle était prête à beaucoup.

Ella se sustentait de sel et d’eau. L'essence de Madeleine était citronnée et légère mais le goût de ses lèvres, comme ceux de ses aisselles, y ajoutaient une saveur de fruit trop mûr. Elle lécha largement les pétales de Madeleine en commençant par le bas puis, affinant son geste vers le haut, elle tourna le bout pointu de sa langue dans l’orifice minuscule et nettoya quelques gouttes de fou rire. Ce breuvage léger la mettant en appétit, elle s’attarda sur la petite fontaine, laissant la cascade grandir et dérouler son flot jusqu’aux entrées de lèvres. Madeleine respirait fort en se cabrant sur le velour rouge, à présent un peu plus sombre. Soudain, Ella reconnu ce son familier, celui des cordes vocales qui s’accolent pour vibrer au moment où les lèvres de Madeleine s’ouvraient pour libérer le flot soyeux. Ella était conquise, ne pouvant retenir sa pomme d'Adam de lâcher un éclat de plaisir pour la suite…

Soudain, un courant d'air frais tiédit la chaleur de la fleur de Madeleine. Un millimètre d'écart déchira leur étreinte, et suffit à créer un canyon entre les plis et les lèvres, entre les lèvres et les lèvres. Le velour lourdaud du salon privé ne bronchait pas d'un poil. Le vent venait donc du dedans. Ella leva ses yeux brouillés d'émanations et découvrit la bouche de Madeleine croquant une fraise givrée. "Quand est-ce qu'il arrive?".  Ella s'écarta un peu, bouche ouverte, abandonnant à regret le pistil gonflé de sa nouvelle amie. Sans réponse, elle regarda la fraise, le rouge Chanel, une graine du fruit entre deux dent, et plus haut, une constellation d'étoiles qui alourdissait cette soirée presque moite. Le rideau paresseux s'était levé sur la nuit. La coupole du Bon Marché avait disparue, aspirée par le firmament, alors qu'Ella sirotait Madeleine. "Il fait un peu chaud pour porter des bas, non?" rechigna la nouvelle. Ella comprit qu'il fallait faire taire Madeleine très vite avant que cette histoire ne leur échappe complètement. 

Il avait promis à Ella que Madeleine était une championne, que rien ne la ferrait flancher. Ella l'avait cru dur comme fer, et comme le reste, elle n'avait jamais douté un instant de sa détermination. Il avait l'art de la parole impeccable et de l'action solide. Les talents d'être là quand il était là et là quand il était ailleurs. C'était un savant des saveurs, un cuisineur de fantasmes. Il était connaisseur de femmes car il avait toujours admis l'impossibilité de les connaître vraiment.

Alors pourquoi ce millimètre, cet accident de terrain, qui laissait les questions faussement banales de Madeleine dégouliner maladroitement dans le canyon entre Paris et juin, entre jour et nuit, entre elle et lui. Ella était un peu agacée, mais toujours excitée par la vue du pistil, de la fraise, des dents. Madeleine était une corne d'abondance, un jouet de plaisir qui n'avait pas encore vraiment jouit. Ella réfléchit: "Il n'avait jamais saboté une histoire, il jouait toujours juste, bien que souvent risqué, mais ces personnages ne le trompaient jamais". Elle tenta une approche vers sa nouvelle petite cascade et avant qu'elle ne put y boire à nouveau, Madeleine se leva haute et droite: "Alors, il vient quand?". 

Ella se leva aussi, impatiente, et trébucha dans la bretelle du soutien gorge de Madeleine, qui pouffa gentiment. Il avait du tomber de la camera de surveillance à présent disparue dans la voie lactée, pour s'entortiller dans le talon de ses Rochas. La camera avait tout vu et tout emporté avec elle. Bon. Ella regarda Madeleine en face et lui demanda une fraise. Mieux valait occuper l'enfant pour éviter les questions. Le jeu l'emportait toujours sur le temps. De toute façon, Madeleine semblait indifférente au changement de décor, son long corps blanc immobile, les chevilles prisonnières de ses dentelles. 

Ella regarda la culotte, le soutien gorge. La grosse fraise que Madeleine glissa entre les lèvres pulpeuse d'Ella, stoppa les pensées. Madeleine était sincèrement gourmande. Oubliant vite ses jambes condamnées, la chaleur de la soie dans la moiteur de la nuit, elle éprouva un sentiment de fierté à rendre le plaisir qu'elle venait de recevoir. Elle fit alors glisser la fraise glacée sur les dents d'Ella, sur sa langue, et avant qu'Ella ne pu la croquer, Madeleine fit descendre le fruit sur la nuque de sa nouvelle maîtresse, sur la courbe des ses seins, sur ces tétons. "Les clichés ont du bon" songea Ella frémissante. Il savait ce qu'il faisait après tout. Glissant une jambe entre les jambes de Madeleine, son talon de métal chaussé dans les dentelles de sa culotte, Ella coinça la poupée pour qu'elle reste sage. Ses pensées l'avaient distraite. Pour se retrouver, elle ferma les yeux et découvrit la caméra du Bon Marché, nichée dans un coin sombre de ses paupières. 

Alors que le jus de la fraise fondait sur ses seins comme neige au soleil, Ella surprit Madeleine en enfilant trois doigts mouillés dans sa fente offerte, faisant disparaitre le rouge brillant de ses ongles fraichement manucurés, dans le rose pulpeux des pétales de sa proie. Madeleine ouvrit la bouche sans en laisser échapper un son, pendant que la nuit continuer à glisser, enveloppant la terrasse...

(A suivre)

Biology of Change or The Fat Fear

There's a time when fear has to go. Because when fear looks at the other side of the world, checking her face into the shiny surface of the grand glacier, she might not recognize herself. See, when things start changing, they first stuff fear with all the nutriments she screams for: the disturbing vision of an aggressive enemy, the collapse of a system, the anger of a population, the sadness of a loved one, the paralysis of the self. Fear slurps it all, and burps it back in contentment. For an obsolete system, there's nothing more reassuring than the pillowy comfort of its own fat fears. 

In seldom times of history though, things start to drastically change. They melt so fast that the fear feeding gets out of control. Bulimia and anorexia dance like best friends in a weary discotheque. People make fear soups at every corner of their streets, on every page of their magazines, and every screens of their devices. Fear is a pledge in times of dramatic changes. Like weed, it grows everywhere, vomiting out of our ears and mouth in lianas, covering our wood floor with webs of acidic ivy, climbing back onto the walls, steaming up out of our chimneys, in a filthy yellow cloud. Fear gets obese. Rolling around like a gooey ball, chewing any events like junk food, ever bigger, seemingly stronger. 

But what happens when change gets completely out of control, while fear gets so fat, it can't even swallow a crumb? Fear stops to a giant bench and falls asleep, paralysed. Change, on the other hand, gets so busy, that it passes by sleepy fear and forgets to throw her a penny to help with her next meal. Fear can't recognize herself, too fat, too rich. Plus change doesn't pay her any attention. In that extreme case, change can't support fear any longer. Hasta luego, fear! I'm too busy changing to take care of you, I AM change after all, and you got way too big, I have nothing left to feed you with. 

When things are melting, when the world is melting at a speed we can't even comprehend, fear ceases to be a security, falls in a coma and melts under the blazing sun. She spreads one last greenish paddle and disappears into the darkness. It's a little bit like trying to recognize our old self in the melting mirror of the grand glacier, up there, on the other side of the world. We look different, changed, formless. Strikes of multi-colored waters, shaded black, blue, grays cover our traits onto the canvas. We melt too. Are we still here? On it, in it? Is it another self? Why can't we be comfortably sat in our fatty fear club chairs? Where is what we know? Knew? 

 

Well fear has gotten so sick, she had to die. Changes have gotten so strong, they now taking us on the scariest ride of our existence. What shall we do if grand-ma fear is gone? How can we cope? Why do we cry so often? Because we are melting. Not just the grand majestic glacier up there. There's no UP THERE actually. The distance between us and the pole is no greater than the one between your head and your toes. We are here with the glacier, which is taking us by the heart and guts, making us shut up, and listen to the crack of the melting ice. Hearts feel broken because they're melting. We try to listen, but those silent words are unknown. We just sit on a small icy platform curling into little balls under the polar bear's soft belly, drifting. 

The glacier is melting, our heart is melting. The waters are taking over because Gaia's fever calls for a big saving cleanse, as we're drifting away, clinging to our disappearing raft. Déjà vu? I know nothing but I feel a lot. I feel a possibility, so I'll try. This possibility is not in the head as we too often misuse it; this gorgeous electrical system which produces solutions but also produces limited beliefs and fear. The other brains, heart, organs are magnificent machines of health. When they change, when they open, it's to produce more life. Whether we sit on a little ice cube or in the middle of a waterless desert, we are facing our extremes. And in those extreme times of change, only the chain of hearts pumping together can replace the broken pipes. Water is so much stronger than us, yet we are Her. So if we start loving her, respect her with all our heart, we can expand and heal. We can channel new ways. Melting waters bare no dams, but it feels energies faster than the speed of light. 

Now I feel the time to love and to pause, to breath. Take the hand next to you, next to you, next to you, and make a long pipe of oxygen, all around this crazy home we call our planet. We can't tame the waters, we can't tame the change but we can channel the dance of it. 

Ma mamie saucisse...

A mes amis saucisses...

Si, durant votre vie saussiflarde, vous aviez eu la chance de rencontrer Yvonne Reichen, 

ma mamie Nice, vous auriez probablement eu la chance unique de connaitre son amour

infini de la bonne chair. 

 

Vous disposant dans une assiette, elle vous aurait dévêtit de votre enveloppe blanche, 

vous faisant frémir en vous attrapant avec ses longs doigts agiles. 

Scrutés et reniflés, vous auriez sursauté de plaisir a l'arrivée des coups secs de fourchette. 

Vos pores fraichement ouverts et suitant quelques gouttes de votre chair fraiche, vous auriez 

patiemment attendu, attisé par les effluves chaudes du chou blanc barbotant dans son riesling, 

enlassant des grains entiers de poivre noir, caressant le lard fumé, et se couronnant d'une 

unique feuille de laurier fraichement cueillie du jardin. 

Enfin, elle vous aurez gentillement allongé sur le lit acide, fumé et sucré, et aurait refermé le 

couvercle de la cocotte pour vous laisser transpirer de bonheur en toute tranquilité.